Phénomène de l’aube : pourquoi la glycémie monte le matin
Phénomène de l’aube : pourquoi la glycémie monte en fin de nuit avec un diabète de type 1, différence avec l’effet Somogyi et comment le repérer au capteur.

Le phénomène de l’aube est une hausse de la glycémie en fin de nuit et au petit matin, provoquée par des hormones qui s’opposent à l’action de l’insuline. Avec un diabète de type 1, le pancréas ne peut pas compenser cette hausse : la glycémie au réveil est alors élevée, même lorsqu’elle était dans la cible au coucher. Le reconnaître, et le distinguer des autres causes d’hyperglycémie matinale, permet d’ajuster le traitement de la nuit avec l’équipe soignante.
Qu’est-ce que le phénomène de l’aube ?
En seconde partie de nuit, l’organisme sécrète des hormones de contre-régulation, c’est-à-dire des hormones qui font monter la glycémie ou réduisent l’effet de l’insuline. Dans le diabète de type 1, le mécanisme le plus probable est la sécrétion nocturne d’hormone de croissance ; le cortisol, qui stimule la production de glucose par le foie, est aussi impliqué.
Chez une personne sans diabète, le pancréas libère un peu plus d’insuline et la glycémie reste stable. Avec un diabète de type 1, l’insuline est apportée par le traitement à un débit qui ne s’adapte pas spontanément à ce besoin accru.
Une revue publiée dans Diabetes Care rappelle que la sensibilité à l’insuline est plus élevée entre minuit et 3 h qu’entre 4 h et 8 h. Selon le programme de recherche québécois BETTER, une analyse de deux études menées chez des personnes sous pompe a montré :
- une hausse significative chez environ la moitié des participants ;
- un début de la montée généralement vers 3 h du matin ;
- des besoins en insuline pouvant augmenter d’environ 50 % en fin de nuit par rapport au début de nuit ;
- une forte variabilité d’un jour à l’autre.
Le phénomène de l’aube ne concerne donc pas toutes les personnes diabétiques, ni toutes les nuits.
Et l’effet Somogyi ?
L’effet Somogyi, décrit en 1959, désigne une hyperglycémie au réveil qui ferait suite à une hypoglycémie survenue pendant la nuit : les hormones libérées pour corriger l’hypoglycémie provoqueraient un « rebond ».
Depuis l’arrivée de la mesure continue du glucose, plusieurs études ont remis en cause ce mécanisme. Elles montrent que, dans la plupart des cas, une nuit avec hypoglycémie est suivie d’une glycémie basse au réveil, et non haute. Une synthèse britannique conclut que l’effet Somogyi joue un rôle mineur en pratique, et une étude de 2022 portant sur 2 600 personnes atteintes d’un diabète de type 2 traité par insuline n’a trouvé aucun élément en sa faveur, tout en notant quelques cas inexpliqués.
Une glycémie élevée après une hypoglycémie nocturne ressentie s’explique plus souvent par un resucrage plus important que nécessaire, fréquent lorsqu’on est réveillé par une hypo. L’effet Somogyi n’est donc pas totalement exclu, mais il est aujourd’hui considéré comme rare.
Comment repérer le phénomène de l’aube avec un capteur ?
Le capteur de glucose en continu est l’outil le plus simple pour analyser la nuit. Il est utile d’observer plusieurs nuits, idéalement « calmes » :
- dîner habituel, pris assez tôt, sans repas très gras ni très riche en protéines ;
- pas de correction d’insuline tardive ;
- pas de sport intense en soirée ni d’alcool ;
- pas de maladie en cours.
Les rapports du capteur (profil glycémique ambulatoire, superposition des nuits) montrent alors la forme de la courbe. Un phénomène de l’aube se traduit typiquement par une glycémie stable en début de nuit, sans hypoglycémie, puis une montée régulière dans les heures qui précèdent le réveil.
Pour suivre ces fins de nuit sans prendre son téléphone, un afficheur de glycémie posé sur la table de chevet, comme le Sugarboard, permet de voir d’un coup d’œil la glycémie et sa flèche de tendance au petit matin, et de repérer plus facilement ce profil d’une nuit à l’autre.
Aube, Somogyi ou autre cause : le tableau comparatif
| Profil de la courbe | Cause probable | Piste à discuter avec l’équipe soignante |
|---|---|---|
| Stable jusqu’au milieu de la nuit, puis montée progressive avant le réveil | Phénomène de l’aube | Insuline de fin de nuit : débit de base, type ou horaire de l’insuline lente, boucle fermée |
| Baisse sous 0,70 g/L (70 mg/dL) dans la nuit, puis glycémie haute au réveil | Hypoglycémie suivie d’un resucrage important, plus rarement un effet Somogyi | Prévenir l’hypoglycémie nocturne ; revoir la quantité de resucrage |
| Glycémie déjà haute au coucher et qui le reste | Dîner, bolus ou correction insuffisants | Bolus du dîner, repas qui font monter la glycémie |
| Montée lente et régulière toute la nuit | Insuline basale globalement insuffisante | Réévaluation de la basale |
| Montée inhabituelle et persistante, sous pompe | Problème de cathéter ou de délivrance d’insuline | Contrôler le matériel et les cétones selon le protocole |
Quelles solutions pour une glycémie élevée le matin ?
Les ajustements du traitement de nuit se décident avec l’équipe soignante, à partir des données du capteur. Diminuer seul l’insuline du soir en pensant à un effet Somogyi peut aggraver une hyperglycémie due au phénomène de l’aube. Les principales pistes sont les suivantes.
Ajuster le débit de base de la pompe
La pompe à insuline permet de programmer plusieurs débits de base sur 24 heures. Une augmentation ciblée sur la seconde partie de la nuit est la réponse la plus souvent décrite au phénomène de l’aube. L’horaire et l’ampleur de l’ajustement dépendent de chaque profil.
Revoir l’insuline lente
Avec des stylos, un seul débit couvre toute la nuit, ce qui rend l’ajustement plus difficile. L’équipe soignante peut réévaluer le type d’insuline lente, sa dose ou son horaire d’injection. Les analogues lents récents ont un profil d’action plus stable que les anciennes insulines intermédiaires.
La boucle fermée
Les systèmes de boucle fermée adaptent automatiquement la délivrance d’insuline en fonction des données du capteur. Ils peuvent ainsi augmenter l’insuline lorsque la glycémie monte en fin de nuit, sans programmation manuelle d’un débit horaire. Les réglages restent à valider avec l’équipe soignante.
En résumé
Le phénomène de l’aube est une hausse de la glycémie en fin de nuit, liée aux hormones de contre-régulation, qui touche environ une personne sur deux parmi les participants de deux études menées sous pompe. L’effet Somogyi est aujourd’hui considéré comme rare : une hyperglycémie après une hypo nocturne vient plus souvent d’un resucrage important. La courbe du capteur sur plusieurs nuits permet d’identifier la cause. Débit de base, insuline lente ou boucle fermée s’ajustent ensuite avec l’équipe soignante.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le phénomène de l’aube ?
C’est une élévation de la glycémie en fin de nuit et au petit matin, liée à la sécrétion d’hormones de contre-régulation, notamment l’hormone de croissance et le cortisol. Chez une personne sans diabète, le pancréas compense en produisant un peu plus d’insuline ; avec un diabète de type 1, cette compensation n’existe pas.
Quelle est la différence entre phénomène de l’aube et effet Somogyi ?
Dans le phénomène de l’aube, la glycémie reste stable une partie de la nuit puis monte progressivement avant le réveil. L’effet Somogyi désigne une hyperglycémie au réveil qui ferait suite à une hypoglycémie nocturne. Les études utilisant la mesure continue du glucose montrent que cet effet est rare : après une hypoglycémie nocturne, la glycémie du matin est plus souvent basse que haute.
Comment savoir si l’on a un phénomène de l’aube ?
La courbe d’un capteur de glucose en continu sur plusieurs nuits permet de le repérer : glycémie stable en début de nuit, absence d’hypoglycémie, puis montée progressive en seconde partie de nuit. Une observation sur plusieurs nuits est nécessaire, car le phénomène varie d’un jour à l’autre.
Comment corriger le phénomène de l’aube ?
Les solutions se décident avec l’équipe soignante : augmentation du débit de base de la pompe en seconde partie de nuit, réévaluation du type ou de l’horaire de l’insuline lente, ou boucle fermée qui ajuste automatiquement l’insuline. Il n’est pas recommandé de modifier seul les doses du soir.
Sources
- Thirty Years of Research on the Dawn Phenomenon: Lessons to Optimize Blood Glucose Control in Diabetes · Diabetes Care (Porcellati et al., 2013)
- Phénomène de l’aube et diabète de type 1 : que savons-nous ? · BETTER – Registre et programme de recherche sur le diabète de type 1 (Québec)
- The Somogyi effect: Fact or fiction? · Diabetes & Primary Care (Heller et Choudhary, 2008)
- Confirmation of the Absence of Somogyi Effect in Patients with Type 2 Diabetes by Retrospective Continuous Glucose Monitoring Systems · International Journal of Endocrinology (Huang et al., 2022)
- Diabète : hypoglycémie, hyperglycémie et acidocétose · Assurance Maladie (ameli.fr)
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