Comptage des glucides et insulinothérapie fonctionnelle
Comptage des glucides et insulinothérapie fonctionnelle : principe, ratio insuline/glucides, facteur de sensibilité, outils, pièges des repas gras et formation.

Le comptage des glucides consiste à estimer la quantité de glucides contenue dans un repas pour adapter la dose d’insuline rapide. Il est au cœur de l’insulinothérapie fonctionnelle (IF), une méthode qui permet d’ajuster le traitement du diabète de type 1 aux repas réels plutôt que d’imposer des repas fixes au traitement. Bien maîtrisée, elle apporte davantage de souplesse au quotidien.
Pourquoi compter les glucides ?
Les glucides (féculents, pain, fruits, produits sucrés, lait) sont les nutriments qui font le plus monter la glycémie après un repas. Plus un repas en contient, plus il faut d’insuline rapide pour les assimiler.
Selon l’AJD, il existe deux façons de choisir la dose d’insuline des repas :
- des quantités de glucides fixes à chaque repas, avec des doses d’insuline stables ;
- des quantités variables, calculées à chaque repas : c’est le principe de l’insulinothérapie fonctionnelle.
Le comptage se déroule en trois étapes : repérer les aliments qui contiennent des glucides, estimer leur quantité (poids ou volume), puis convertir ce poids en grammes de glucides.
Qu’est-ce que l’insulinothérapie fonctionnelle ?
L’insulinothérapie fonctionnelle est apparue au milieu des années 1980 en Allemagne, rappelle la Fédération Française des Diabétiques. Elle cherche à imiter au plus près la sécrétion naturelle d’insuline en distinguant trois besoins, résumés par la formule « vivre, manger, soigner » :
| Besoin | Insuline utilisée | Rôle |
|---|---|---|
| Vivre | Insuline basale (lente) ou débit de base de la pompe | Couvrir les besoins vitaux sur 24 heures, en dehors des repas |
| Manger | Insuline rapide (prandiale) | Couvrir les glucides du repas, selon un ratio insuline/glucides |
| Soigner | Insuline rapide (correction) | Ramener une glycémie trop haute vers l’objectif, selon un facteur de sensibilité |
Les différences entre ces insulines sont détaillées dans l’article insuline lente et rapide.
Le ratio insuline/glucides, en pratique
Le ratio insuline/glucides indique combien d’unités d’insuline rapide sont nécessaires pour couvrir une quantité donnée de glucides. En France, il est souvent exprimé en unités d’insuline pour 10 g de glucides.
Quelques principes généraux :
- le ratio est propre à chaque personne ;
- il peut varier selon le repas : les besoins du matin sont souvent différents de ceux du midi ou du soir ;
- il est déterminé avec l’équipe soignante, à partir de repas tests ou de repas habituels, puis réajusté avec le temps (croissance, puberté, activité, changement de poids).
Le calcul revient à convertir le repas en grammes de glucides, puis à traduire ces grammes en unités d’insuline grâce au ratio. Aucun ratio « type » ne doit être appliqué sans l’avis de l’équipe soignante.
Le facteur de sensibilité, en pratique
Le facteur de sensibilité, ou facteur de correction, indique de combien une unité d’insuline rapide fait baisser la glycémie chez une personne donnée. Il sert à calculer la dose de correction lorsque la glycémie est au-dessus de l’objectif, avant un repas ou à distance.
Ce facteur est lui aussi individuel. Il est estimé par l’équipe soignante, puis vérifié en pratique. Sur une pompe à insuline, il est programmé dans l’assistant de calcul de bolus, comme le ratio et l’objectif glycémique.
Les corrections répétées et rapprochées sont à éviter, car les doses d’insuline rapide encore actives s’additionnent. Ce mécanisme est expliqué dans l’article sur le rage bolus.
Quelle teneur en glucides pour les aliments courants ?
Le tableau ci-dessous indique la teneur moyenne en glucides de quelques aliments, d’après la table Ciqual 2020 de l’Anses. Les valeurs sont données pour 100 g d’aliment tel qu’il est consommé (cuit pour les féculents). La colonne « exemple » est un simple calcul à partir de ces moyennes.
| Aliment (Ciqual 2020) | Glucides pour 100 g | Exemple |
|---|---|---|
| Baguette | 58,3 g | 50 g de pain ≈ 29 g |
| Pâtes sèches, cuites | 25 g | 200 g cuites ≈ 50 g |
| Riz, cuit | 31,8 g | 150 g cuit ≈ 48 g |
| Pomme de terre, cuite à l’eau | 16,7 g | 200 g ≈ 33 g |
| Lentilles, cuites à l’eau | 12,2 g | 150 g ≈ 18 g |
| Pomme, avec la peau | 11,6 g | 150 g ≈ 17 g |
| Banane | 19,7 g | 120 g sans la peau ≈ 24 g |
| Lait demi-écrémé | 4,83 g | 250 mL ≈ 12 g |
| Yaourt nature | 4,73 g | 125 g ≈ 6 g |
| Jus d’orange, pur jus | 9,61 g | 200 mL ≈ 19 g |
| Croissant de boulangerie | 47,6 g | 60 g ≈ 29 g |
Ces chiffres sont des moyennes : la teneur réelle varie selon la recette, la marque, la cuisson ou la maturité d’un fruit. Pour un produit emballé, l’étiquette nutritionnelle (ligne « glucides ») est la référence. Le pesage des portions, au moins au début, améliore beaucoup la précision.
Quels outils pour compter les glucides ?
- La table Ciqual de l’Anses, consultable gratuitement, pour les aliments bruts et les plats courants.
- Les étiquettes nutritionnelles, en tenant compte du poids réellement consommé.
- Une balance de cuisine et des ustensiles de référence (bol, louche, assiette) dont le contenu a été pesé une fois chez soi.
- Les livres et applications de comptage, avec photos de portions, utiles au restaurant ou à l’extérieur.
- Les calculateurs de bolus intégrés aux pompes et à certains lecteurs, qui appliquent le ratio et le facteur de sensibilité programmés par l’équipe soignante.
Les pièges à connaître
- Les repas gras ou riches en protéines : graisses et protéines ne sont pas comptées comme des glucides, mais elles peuvent retarder l’absorption et faire monter la glycémie plusieurs heures après le repas. La Fédération Française des Diabétiques signale qu’un repas très gras peut entraîner une hyperglycémie 6 à 8 heures plus tard. L’adaptation de l’insuline se fait au cas par cas, avec l’équipe soignante. L’article pourquoi certains repas font monter la glycémie détaille ces effets.
- Les mentions « sans sucre » : un produit « sans sucre » peut contenir de l’amidon ou des polyols, donc des glucides.
- Les portions estimées « à l’œil », qui dérivent avec le temps : un repesage régulier reste utile.
- L’alcool, qui modifie la glycémie de façon différée et augmente le risque d’hypoglycémie : voir l’article sur l’alcool et les soirées.
Comment se former à l’insulinothérapie fonctionnelle en France ?
En France, l’insulinothérapie fonctionnelle s’apprend dans le cadre de programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP). Selon la Fédération Française des Diabétiques, la formation est assurée par une équipe pluridisciplinaire (diabétologue, infirmier ou infirmière, diététicien ou diététicienne), le plus souvent à l’hôpital, sous forme d’ateliers, en hospitalisation de jour ou de semaine.
Elle comprend en général :
- l’évaluation des besoins en insuline basale, parfois lors d’un jeûne glucidique encadré ;
- la détermination du ratio lors de repas tests ;
- l’évaluation du facteur de sensibilité ;
- une formation diététique au repérage et au calcul des glucides.
L’IF ne se maîtrise pas en un jour : des séances de révision diététique peuvent être reprises régulièrement. Elle reste utile avec les systèmes de boucle fermée hybride, qui ajustent l’insuline basale mais demandent toujours de déclarer les glucides des repas.
En résumé
Le comptage des glucides permet d’adapter l’insuline rapide au contenu réel de chaque repas. L’insulinothérapie fonctionnelle distingue l’insuline pour « vivre », pour « manger » (ratio insuline/glucides) et pour « soigner » (facteur de sensibilité). Ces paramètres sont personnels et fixés avec l’équipe soignante. La table Ciqual, les étiquettes et le pesage aident à estimer les glucides, en gardant en tête l’effet retardé des repas gras.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’insulinothérapie fonctionnelle ?
C’est une méthode d’adaptation des doses d’insuline qui distingue l’insuline nécessaire en dehors des repas, l’insuline des repas, calculée selon les glucides consommés, et l’insuline de correction. Elle s’apprend dans le cadre de programmes d’éducation thérapeutique.
Qu’est-ce que le ratio insuline/glucides ?
Le ratio insuline/glucides indique le nombre d’unités d’insuline rapide nécessaires pour couvrir une quantité donnée de glucides, souvent exprimée pour 10 g. Il est propre à chaque personne, peut varier selon le moment de la journée et est déterminé avec l’équipe soignante.
Faut-il compter les graisses et les protéines ?
Les graisses et les protéines ne sont pas comptées comme des glucides, mais un repas très gras ou très riche en protéines peut faire monter la glycémie plusieurs heures après. L’équipe soignante peut indiquer comment adapter l’insuline au cas par cas.
Où trouver la teneur en glucides des aliments ?
Les sources les plus utilisées sont l’étiquette nutritionnelle des produits emballés, la table de composition Ciqual de l’Anses pour les aliments courants, et des applications ou livres de comptage, avec un pesage des aliments au début de l’apprentissage.
L’insulinothérapie fonctionnelle est-elle utile avec une boucle fermée ?
Oui. Les systèmes de boucle fermée hybride ajustent l’insuline basale, mais le bolus des repas reste généralement à déclarer par l’utilisateur à partir des glucides estimés. Savoir compter les glucides reste donc nécessaire.
Sources
- Insulinothérapie fonctionnelle : quels bénéfices pour mon diabète ? · Fédération Française des Diabétiques
- Alimentation · AJD – Aide aux Jeunes Diabétiques
- Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual 2020 · Anses
- Diabète de type 1 · Inserm

